L’HARMONIE POUR BASE


L ’harmonie est au centre de toute la pensée de Ferdinand Bac. Elle est l’élément précurseur de l’idée, de l’inspiration.
« En Architecture il existe, pour les jardins, trois harmonies : celle de l’ambiance, celle des lignes et celle des couleurs. Celle de l’ambiance n’a pas besoin d’être commentée. On la sent ou on ne la sent pas. Les autres peuvent faire l’objet d’un apprentissage. Celle des couleurs ne peut laisser la place à aucune fantaisie de l’incompétence. Elle est calculée en accord étroit avec le voisinage autant qu’avec une loi indéfinissable qui est en nous-mêmes. 
Toute intervention contraire à ces données – fût-ce dans des détails, insignifiants en apparence - détruirait cette harmonie tout comme une fausse note détruit une symphonie musicale. » F. Bac.


L’AMBIANCE

Définition :« Atmosphère matérielle ou morale qui environne une personne ou une réunion de personnes. » Dictionnaire Le Robert.
Pour Ferdinand Bac, savoir ressentir et créer une ambiance, est une qualité innée. L’esprit d’un jardin est dévoilé par celle qui s’en dégage. Réussie, elle procure alors une sensation de plaisir au visiteur en lui donnant envie de rester dans ces lieux, pour s’y reposer, méditer. L’art des jardins est un luxe qui a pour seul but le bien-être des occupants. 
Plus tard, les thèmes choisis lors de l’élaboration du jardin apparaissent plus nettement. Les couleurs, les plantes, l’orientation, trouvent leur place dans la composition d’ensemble. C’est donc par cette émotion que le promeneur est conquis ou non par la magie du lieu.
De plus, le site et le climat sont mis en valeur par une ambiance choisie. Le sentiment de chaud ou de froid, la présence d’odeurs sucrées ou plus résineuses, la vue sur la mer ou sur la montagne, fabriquent cette atmosphère de bien-être. Grâce à l’éveil des sens, le corps tout entier est capable de capter l’émotion d’un art comme celui des jardins, tout en créant sa propre curiosité.

LES LIGNES

Ce que Ferdinand Bac appelle « les lignes », est en fait l’expression du jardin dans son aspect dessiné, naturellement ou après réflexion sur une feuille de papier.

Tout d’abord le dessin naturel du site engendre des lignes qui le caractérisent. Celles qui se forment entre la découpe du paysage et le plan du ciel, celles qui existent entre la limite d’une côte et le miroir de la mer, ou tout simplement celles qui sont la frontière entre le bâti et le futur jardin . Toutes ces lignes fabriquent un lieu unique avec lequel il doit composer. Notons d’ailleurs que F. Bac réfléchit toujours à partir d’un site déjà construit et chargé d’histoire (embellissement de la Villa Croisset, mise en place du jardin de la Villa Fiorentina déjà existante, restructuration de l’hôtel particulier de Compiègne et de ses remparts, et enfin, réaménagement de l’ancienne demeure du philosophe Fouillée aux Colombières). Il doit donc prendre en compte les lignes existantes afin de les enrichir de formes nouvelles et structurantes pour son projet. Il ne fait rien naître du néant.
« Dans les terrains des Colombières tous les accidents de la nature, tous ses caprices, toutes ses « absurdités » se rencontrent avec les perturbations géologiques et topographiques. Il s’en suit que cet état crée une série ininterrompue de difficultés pour les agencements, l’adaptation des lignes, le principe des axes, les aménagements du sol, en quelque chose qui puisse être « lisible » pour le promeneur. » F. Bac. 

D’autre part, Ferdinand Bac, imagine son projet autour du site qui lui est confié, pour pouvoir le réaliser. C’est en s’appuyant sur la richesse des courbes naturelles, des dénivellations et des contrastes, qu’il magnifie la richesse de l’espace. Son dessin reprend alors les éléments géométriques forts de l’environnement, tout en les contraignant parfois, à son désir.
« Bâtir des jardins dans une topographie aussi perturbée, exige non seulement une possession totale de tous les éléments créateurs mais une maîtrise dans la sensibilité, un tact, une intuition, indispensables pour improviser à chaque pas, pour se défendre et pour attaquer, pour éviter des erreurs et rester constamment en liaison avec son ennemi, avec cette nature qui se moque tellement de nos conceptions ! » F. Bac.
Ferdinand Bac ne conçoit pas son projet comme une unité réfléchie au préalable dans ses grands axes, mais plutôt comme un ensemble de petits endroits créant chacun leur propre ambiance. Les lignes sont alors pensées à l’échelle du lieu. Le dessin ne s’arrête pas aux seules compositions des parterres, mais va jusqu’à l’esthétique d’une fabrique, à la position exacte d’une balustrade par rapport à une fontaine ou une arcade de cyprès. 
Les esquisses de F. Bac vérifient l’adéquation entre ces petites parties du jardin, avec le thème général de l’ensemble de la propriété. 
Finalement, Ferdinand Bac obtient l’ambiance qu’il recherche grâce à sa capacité à s’imprégner d’un site, certainement liée à son talent de dessinateur.


LES COULEURS

Ferdinand Bac estime que le travail des couleurs est un art qui s’apprend et qui doit être réalisé avec rigueur. Son apprentissage dans les écoles de peinture ainsi que son amour pour les peintres italiens doivent d’ailleurs contribuer largement à ce principe.
La couleur est d’abord celle du site naturel. Ayant exercé presque uniquement sur la Côte d’Azur, Ferdinand Bac prend soin de s’imprégner de la couleur de la mer aux différentes heures de la journée, de celle du ciel en été, d’une autre produite par le soleil sur les pierres dorées et blanches de la région, ou encore de la teinte se reflétant sur les toitures en tuiles à doubles génoises. C’est sans doute cette riche palette de couleurs qui l’inspire dans sa réflexion. 
Par culture et par passion, F. Bac aime aussi choisir ses couleurs de référence, dans l’architecture et la peinture italienne, si proche géographiquement de ses plus beaux projets. Il n’hésite donc pas à recouvrir la Villa des Colombières d’un rouge « Terre de Gênes » qui se retrouve également dans l’ensemble du jardin. Ce nuancier s’adapte d’ailleurs parfaitement au site, tout en le mettant un peu plus en valeur par l’utilisation des contrastes.
En ce qui concerne l’utilisation de la couleur à l’intérieur de la Villa des Colombières, F. Bac manipule un nuancier différent mais adapté à chaque salle. Très précis dans ses choix, il tient à ce que l’authenticité de ses références aux pays méditerranéens soit préservée.


LES VIDES ET LES PLEINS

« On pourrait ajouter à ces harmonies celle des Vides et des Pleins. Toute addition à une œuvre dont l’équilibre entre le vide et le plein a été longtemps méditée, crée donc également une perturbation. Il ne faut pas prendre à la légère de telles interventions ni subordonner jamais, sacrifier cette œuvre équilibrée à des fantaisies qui ignorent le respect dû aux surfaces et aux lignes. » F. Bac.
En matière de paysage, le travail des vides et des pleins est avant tout un équilibre savant des masses. Il y a alors deux manières de procéder pour composer un jardin : soit de creuser du vide dans un espace plein, soit de créer du plein sur une surface vide.
Pour la première solution, il faut imaginer une parcelle plantée sur laquelle le paysagiste ménage des espaces vides qui seront le lieu d’expression d’une rotonde, d’un casino ou d’un bassin. Bien entendu les espaces de transitions sont soignés et donnent lieu à une création esthétique. Ainsi, on peut sauver certains arbres ou alignements existants. Ferdinand Bac choisit donc aux Colombières de mettre en scène le caroubier, un arbre millénaire magnifique situé au fond de la propriété, sur une placette dégagée, qui sert d’articulation entre deux autres parties du jardin.
« Aux Colombières dans la partie préexistante dont j’ai « hérité » les murs, pour les faire entrer dans l’ensemble, il me manquait partout au moins un mètre, en largeur et en hauteur. J’ai donc hérité de la mesquinerie des autres pour faire un tour de force en la supprimant. » 
La création de masses pleines sur un espace vide, offre une liberté plus grande. A Compiègne, Ferdinand Bac compose une perspective plantée de peupliers sur le haut des remparts de la ville. Cette surface plane devient le lieu d’un événement paysager dont le centre est une sculpture en bout de d’allée. Ici la réflexion du paysagiste est proche de celle de l’architecte puisqu’il réalise un espace remarquable dont les éléments architecturaux sont des arbres, des buis ou des plans gazonnés.
Par ces principes fondamentaux, Ferdinand Bac vise avant tout l’harmonie. Il établit ainsi un manuel pédagogique élaborant une véritable théorie des jardins.