DU CARICATURISTE AU THEORICIEN

 



Ferdinand Bac reçoit dès son enfance une éducation ouverte sur les arts et la réflexion. N’ayant aucun réel besoin financier, il n’aspire pas à un métier, mais plutôt à un mode de vie partagé entre ses lectures, ses voyages et ses séjours dans la haute société. Ainsi, il profite de ses connaissances en les faisant partager à son entourage. Il déclare :
« Est-ce ma vocation ? Je ne croyais pas que faire des jardins était ma mission. Je ne me sentais prédestiné à rien, ni à être historien ni artiste, ni géomètre. J’obéissais à ma propre nonchalance qui s’est tournée en ardeur, à cette petite flammèche qui est devenue un brasier, à cet amusement qui s’est transformé en vocation. » 

Enfant passionné de dessin comme l’était son père, il rêve d’apprendre la peinture auprès des grands maîtres. Notons que le milieu culturel familial le pré-dispose certainement à l’apprentissage artistique. Sa famille reçoit régulièrement des disciples de Jean Auguste Ingres, qu’il admire énormément. 
Plus tard, à Paris, ses rencontres avec la société intellectuelle le font débuter dans le métier de caricaturiste. Il s’inspire alors de la femme parisienne et de ses multiples facettes, à qui il offre la place de témoin de l’actualité. Il regrette d’ailleurs rapidement que les événements journalistiques contraignent un peu trop sa création. 
F. Bac, Autour de la femme : croquis parisiens, Paris, 1893.
F. Bac, Catalogue de l’exposition La femme moderne, Paris, 1895.

Très érudit, Ferdinand Bac aime se plonger dans les livres traitant tout à la fois d’histoire, d’art ou même de religion. Saint François d’Assise fait d’ailleurs partie de ses modèles ; une passion qu’il partage avec Mme de Croisset.
Pour témoigner de son expérience de lecteur et enrichir son entourage de son savoir pluridisciplinaire, il se lance dans l’écriture vers 1907. Dans un premier temps, il préfère le style romanesque grâce auquel il peut exercer son pouvoir d’imagination dans le décor de son choix. Le plus souvent il s’inspire de ses nombreux voyages.
F. Bac, Le fantôme de Paris, Paris, 1908.
F. Bac, Mystère vénitien, Paris, 1909.
F. Bac, L’aventure italienne, Paris, 1912.

Puis, son goût prononcé pour l’histoire de son pays le pousse à raconter des anecdotes concernant les personnalités marquantes de son enfance. Très attaché à sa réflexion sur l’actualité politique, il donne entre autre, son avis sur la monarchie et le Second Empire.
F. Bac, Vieille France, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1913.
F. Bac, L’Impératrice Eugénie à Cap Martin, Paris, Revue Hebdomadaire.
F. Bac, Les Intimités du Second Empire, Paris, Hachette, 1930.
F. Bac, Les Intimités de la IIIème république, Paris, Hachette, 1935.

A 53 ans, la grande richesse culturelle et intellectuelle de Ferdinand Bac l’oriente vers le métier de créateur de jardins. C’est par ses connaissances qu’il éclaire ses amis sur les choix esthétiques à faire dans leurs propriétés. Ainsi, ses voyages dans les pays méditerranéens, maîtres dans l’art des jardins, lui donnent la matière pour créer son propre style et justifier la moindre de ses interventions.

Pour mémoire 
1912-1918, restructuration de la Villa Croisset à Grasse.
1917-1920, création des jardins de la Villa Fiorentina à Beaulieu/mer.
Etés 1920-1925, reconstitution des Jardins de l’Hôtel de Compiègne.
Hivers 1920-1925, restructuration des Colombières à Menton.

Véritable autodidacte, Ferdinand Bac ne concrétise sa pensée, qu’à l’âge de 66 ans, par l’écriture et le dessin. En effet, sa première réflexion relative à l’art des jardins n’est datée que de 1925, fin des travaux aux Colombières. Cette nouvelle carrière tardive de théoricien prend son appui sur l’expérience qu’il a accumulée sur la Côte d’Azur.
F. Bac, Les Colombières, Paris, Louis Conard, 1925.
F. Bac, Jardins enchantés, Paris, Louis Conard, 1925. 

Finalement, même si Ferdinand Bac paraît avoir eu un parcours un peu dispersé, il a su mettre en valeur ses talents de dessinateur et d’écrivain, au service de l’Art des jardins. Il définit d’ailleurs cette discipline comme « un terrain propice pour l’épanouissement des dons universels : Poésie, Botanique, Physique, Géométrie, Sculpture, Peinture, maçonnerie, érudition…».