DE STUTTGART A MENTON
Il est à peu près impossible d’établir une liste exhaustive des villes et des pays que Ferdinand Bac a visités tout au long de sa vie. Pourtant, au travers de sa correspondance et des articles qu’il a publiés, il nous laisse quelques références essentielles à la compréhension de son travail artistique. Dès son plus jeune âge F. Bac est un grand voyageur. Les fonctions de son père ainsi que le partage de sa famille entre la France et l’Empire germanique l’y ont contraint. La Prusse représente la patrie de ces ancêtres maternels. Stuttgart et Munich font d’ailleurs partie de sa vie, pendant son enfance.
En 1870 Stuttgart appartient au royaume de Wurtenberg, véritable province aux solides assises régionales. Les édifices historiques n’occupent qu’une place restreinte dans l’enceinte de la cité, si ce n’est le château vieux datant du XVIème siècle. Seule, la ville balnéaire de Bad Cannstatt toute proche, développe un joli parc thermal ponctué de fontaines d’eaux minérales et de piscines. A notre faible connaissance, cette ville ne semble pas avoir marqué le jeune Ferdinand, âgé de 11 ans.
En revanche, Munich est à son apogée artistique lorsqu’il y séjourne en 1876. En effet, Louis Ier de Bavière, mort vingt ans auparavant, a mis tout en œuvre pour faire de sa capitale l’une des plus belles villes d’Europe. Son goût pour les arts, son amour de l’Italie et de la Grèce l’ont poussé à s’entourer d’architectes, de peintres et de sculpteurs. Ferdinand évolue dans cette univers de référence, à l’âge de 17 ans. Il s’est d’ailleurs certainement promené dans l’immense Jardin Anglais, situé au cœur de la ville et achevé à la fin du XVIIIème siècle. Composé de lacs, de pièce d’eau et de pavillons, ce parc possède en outre un temple monoptère d’où l’on peut apprécier la vue panoramique sur l’ensemble de la vieille ville.
La France est la patrie d’adoption de Ferdinand Bac. Elle représente pour lui l’environnement culturel et artistique qu’il a toujours recherché. Petit, il se promène déjà dans le parc des Tuileries en compagnie de ses parents. Puis, pendant sa carrière d’humoriste, il choisit la place des Vosges comme résidence. Il aime profiter de la capitale, de ses berges et de ses jardins. En 1908, malade, il s’installe à Versailles. Là encore, il se fabrique une référence en matière de paysage avec le parc du Château dessiné par Le Nôtre. Deux années plus tard, il est en visite en Normandie lorsqu’il découvre une demeure située à Broglie dans l’Eure. Il n’hésite pas à se confier par courrier à Mme de Croisset :
" …Nous allons souvent à Broglie. Mon ami a acheté un petit château tout contre le parc du Duc. On l’appelle " la Maison hantée " parce que depuis 1872 personne ne l’a plus habitée. C’est le logis de la Belle au Bois dormant. Une végétation folle entre par toutes les portes, soulève les cheminées, habille les lézardes. Nous allons l’arranger, " en détruire la poésie " la rendre propre et dernier confort ! C’est le crime inévitable des civilisations. "
C’est la sensibilité de Ferdinand Bac pour la nature sauvage que l’on découvre ici. Il aime d’ailleurs particulièrement cette végétation qui embellit les ruines, celle qui participe au pittoresque. Les restes architecturaux d’un édifice lui apparaissent donc comme l’expression revalorisée du passé.
Rapidement son activité de créateur de jardins sur la Côte d’azur lui permet de renouer avec le milieu aristocratique, mondain et intellectuel de son enfance. Aussi est-il reçu dans les plus grandes villas. Il est d’ailleurs un ami de Théodore Reinach, membre de l’Académie des Inscriptions, qui fait construire entre 1902 et 1908 la Villa Kerylos à Beaulieu-sur-mer. Véritable hommage à la Grèce antique, cette demeure traduit à l’identique la beauté et la perfection chères aux athéniens. Tout n’est que réplique d’objets d’art et de mosaïques retrouvés lors de fouilles archéologiques. T. Reinach a fait le rêve d’une vie " à la grecque " en bord de mer, où l’architecture est propice à la réflexion et à l’accomplissement des arts.
Notons que Ferdinand Bac ne dessine les jardins de la Villa Fiorentina, donnant vue sur la Villa Kerylos que quelques années plus tard.
Ferdinand Bac est également un grand admirateur de l’Italie qu’il parcourt à de nombreuses reprises. Très marqué par Rome et Vérone où il trouve l’inspiration de ses jardins, il aime par-dessus tout les couleurs de l’Italie peintes par Vittore Carpaccio. Une grande partie de son travail est d’ailleurs consacrée à cette recherche de la couleur à travers les fresques murales et les céramiques.
L’Espagne représente une source inépuisable du vocabulaire des jardins méditerranéens. L’Alhambra de Grenade, qu’il cite à plusieurs reprises dans ses écrits, est aussi une référence dans ses dessins.