DE L’INSPIRATION A L’IDEE CREATRICE

 

Les sources écrites, signées par Ferdinand Bac, et notamment le manuscrit Réflexion sur l’Art des jardins, nous permettent de préciser les thèmes de sa pensée esthétique. Il paraît donc important de définir F. Bac dans son approche intellectuelle de l’art des jardins, avant d’aborder plus tard la réalité de ses projets.

 

D’abord auteur de romans, d’articles et d’essais, puis historien, Ferdinand Bac impressionne ses contemporains par son érudition. L’étude de sa correspondance, nous renseigne d’ailleurs très bien, sur les liens qui l’unissent aux grandes personnalités de l’époque. Ses amis lui demandent souvent conseil sur des livres et des expositions. Son œuvre littéraire témoigne d’une grande capacité à rebondir sur les événements d’actualité. La justesse du vocabulaire qu’il emploie, dévoile un homme attaché à la valeur et au sens de chaque mot. En tant qu’artiste, il tente d’expliquer son inspiration, puis le geste qui rend sa création possible.

L’inspiration représente pour Ferdinand Bac le souffle créateur. Comme dans l’antiquité, il s’agit d’une présence divine que peu d’hommes possèdent. Ces privilégiés se doivent donc de la respecter et de la cultiver. Il nous définit ce concept par la réflexion qui suit :

" Un nombre infime possède l’inspiration, et même la compréhension pour l’inspiration. Celle-ci est la chose la plus rare du monde car elle est l’effet d’une grâce particulière sans laquelle la Terre ne serait aujourd’hui qu’une vaste usine, peuplée d’une espèce, adaptée exclusivement à la matière et à l’esclavage de la machine. " .

L’inspiration donne une âme à l’homme tout en l’enrichissant. Ainsi, l’individualité créatrice de chacun doit être préservée, afin de lutter contre un monde fade et homogène. L’idée donne de la beauté aux choses, et plus tard, la création les tire du néant.

 

Toujours souverain, l’esprit créateur ne doit pas avoir pour seul but d’édifier le Beau. Il doit être guidé par l’émotion de son inspiration, et doit faire exister en nous une noble curiosité. " La Beauté ne se prouve pas par la richesse mais par la sensibilité. " F. Bac.

Le souhait de Ferdinand Bac est de provoquer chez les novices, le désir de la contemplation, que l’objet soit beau ou non. Il est primordial que le promeneur soit attiré par un objet, une vue ou une façade, afin qu’il ait l’envie d’en savoir plus. Peut-être que le temps passé dans les théâtres, a donné à F. Bac les rudiments de cette technique d’auteur. Le premier acte sert à planter le décor et l’intrigue, dans le but inavoué de capter l’attention du spectateur.

 

D’autre part, F. Bac insiste sur le fait que l’artiste doit tenir compte de l’héritage spirituel du passé, si possible en secouant les dogmes établis :

" En art on ne peut plus guère faire du nouveau qu’en rétrogradant. L’étude du passé stimule et fertilise bien mieux l’inspiration qu’une obstination d’errer au hasard et de chercher des conceptions inexistantes. La mosaïque de galets, des céramiques, existent depuis plus de six mille ans peut-être. Mais on peut en faire une dernière nouveauté. " .

L’histoire nous apparaît ici comme une séquence répétitive qui est à chaque fois vécue et interprétée par des hommes différents. Ferdinand Bac pense que c’est la différence existant entre chaque artiste qui fait évoluer l’art. Elle l’aide à comprendre le passé, s’appuyer sur lui et fabriquer l’avenir.

Par cette réflexion sur l’origine de son travail, Ferdinand Bac veut avant tout protéger l’intégrité de la propriété spirituelle. D’une valeur inestimable, elle représente pour lui " le seul bien inaliénable et insaisissable ".

" Il faut s’abandonner à son imagination, l’attendre, la laisser venir. Elle arrive à l’appel au prédestiné car il a confiance comme les enfants ont confiance en leur tout pouvoir, en leur prestige, en face d’une immensité qu’ils ignorent et qu’ils arrivent à dompter parce qu’ils l’ignorent. " F. Bac.