L’INTERIORITE POUR PRINCIPE

 

" L’abord d’une maison donne le ton aux impressions qu’on en attend. "

Tout d’abord il nous faut réfléchir sur le traitement de la façade. En effet le travail de représentation en façade dans un site naturel ou semi-urbain, doit pouvoir s’inclure au projet paysager d’ensemble.

Il y a alors deux solutions possibles. La première est celle de dévoiler le projet dès l’extérieur, dès l’inscription dans la ville. Connaissant la clientèle aristocratique de Ferdinand Bac, nous comprenons aisément que les propriétaires optent pour une solution dévoilant un peu moins leur valeur au reste du monde.

De cette manière, ils préfèrent protéger leur trésor de jardin dans un écrin luxueux (grille en fer forgé entièrement réalisée par un artisan à la Villa Croisset). L’extérieur est seulement traité de manière à établir le rang des propriétaires au sein de la société. L’intérieur du domaine devient un plaisir privé et partagé par les intimes de la famille. Toute la subtilité de Ferdinand Bac est de pouvoir faire sentir par la mise en scène de la porte d’entrée, qu’il se cache derrière, un lieu superbe sans le montrer vraiment. C’est en fait le même principe qu’au théâtre ou le premier acte sert à donner envie au spectateur d’en savoir plus.

" Une porte étroite, un peu hostile même, couverte de poussière et de dédain pour le dehors. On s’y glisse dans l’ombre, puis dans une cour bavarde, puis soudain un mystère vous saisit comme des bras invisibles. Il vous entraîne dans des immensités, ruisselantes de fontaines, au bord de bassins où se mire le secret des palais et des terrasses. "

 

En fait, Ferdinand Bac cherche avant tout une cohérence entre la façade donnée à la ville, et l’intérieur d’une propriété. Il condamne l’architecture qui n’est qu’apparence et qui ne tient pas ses promesses dans le cœur du projet :

" Il en est de même de l’architecture. Tant de gens font de belles façades qui sont le paravent du désordre ou de la vulgarité de l’Intérieur. Il vaut donc mieux avoir un mur arabe qui cache des somptuosités et des raffinements intérieurs que cette manière de sourire au dehors et de grimacer au dedans. "

L’harmonie doit exister dès la porte d’entrée, en favorisant cette curiosité saine que F. Bac attend tellement d’une œuvre d’art.

Le jardin devient la continuité de l’espace de la maison. Il est donc un lieu qui demande la même réflexion que celle exigée dans la construction spatiale et ornementale d’une villa. D’ailleurs, d’après Ferdinand Bac, si cette harmonie est rompue, cela entache considérablement la valeur du projet :

" Ce qui avait été fait à l’Extérieur, devait naturellement correspondre aussi au décor intérieur. Celui-ci devait faire corps avec l’ensemble de manière à ce que les deux conceptions puissent se reconnaître de la même famille. Avez-vous remarqué le malaise qui existe presque partout quand vous constatez le désaccord d’un Intérieur avec son voisinage ? Quand d’une pièce bien équilibrée vous vous penchez par la fenêtre pour y trouver dehors la laideur d’une fausse note, ne détruit-elle pas, en un instant, toute l’illusion de votre contentement ? Ou encore si, dans un site ravissant, vous pénétrez dans un logis d’une laideur provocante, n’en éprouvez-vous pas le malaise d’une chute dans le vide ?"

La théorie de Ferdinand Bac est alors de vouloir s’intégrer dans un site exceptionnel, en le mettant en valeur par son travail d’architecte et de paysagiste, et de donner l’envie au simple passant de comprendre son œuvre d’art. Evidemment, tout cela requiert un grand savoir-faire et surtout un grande sensibilité à l’environnement naturel.

Ferdinand Bac nous raconte ci-dessous sa première visite aux Colombières :

" En arrivant pour la première fois aux Colombières, Madame, - c’était en janvier 1920 – je me promenais dans un petit jardin dont les sentiers semblaient tracés par un maniaque. Il devait avoir l’idée fixe de vouloir cacher aux regards toutes les possibilités d’admirer la seule chose que la Nature avait précisément, en ces lieux, préparée de plus prestigieux. […] Ils lui dérobaient la moindre fissure par où il eût pu apercevoir le divin mariage qui, à ses pieds, se célébrait entre la mer et la montagne, et qu’unissait le cortège lapidaire d’une antique cité, étagée en amphithéâtre. "